Le système de santé nigérien se caractérise par une très faible accessibilité : on estime que moins d’un tiers de la population (32%) a accès à des soins de santé moderne. L’insuffisance numérique de centres de santé et le maillage du dispositif sanitaire favorise les populations urbaines. Ce ”privilège urbain” décrit par C. Raynaut (1987 : 42-52) prévaut encore aujourd’hui. Ce privilège est essentiellement décrit en termes de couverture sanitaire, d’opportunités de ressources économiques et de niveau de scolarisation.  La ville, et plus particulièrement la capitale, offre une très large gamme de services de santé. Les services publics de santé y sont plus nombreux: dispensaires, centres de santé intégrés, maternités, hôpitaux de district, hôpitaux nationaux… Outre les agents de santé fonctionnaires qui y travaillent, on trouve aussi des médecins consultants privés, des cabinets médicaux et cliniques dont le coût élevé réserve l’accès à une frange marginale de la population nigérienne. Alors que 5,5% de la population nigérienne vit à Niamey, la moitié du personnel sanitaire du pays y est concentré (Raynaut 1990). Il faut ajouter à cela la présence de vendeurs ambulants de médicaments qui autorise la pratique de l’automédication ainsi que de nombreux ”guérisseurs”  pour donner une vision des alternatives en matière de santé qui se présentent aux citadins.  Mais s’il reste vrai que globalement résider en ville constitue au Niger un indiscutable privilège, à y regarder de plus près d’autres inégalités se manifestent. En effet, la concentration du personnel et l’existence de nombreuses structures sanitaires dans la capitale ne garantissent en rien l’accès aux soins. Raynaut notait qu’en 1986, seule une minorité de la population urbaine était véritablement en mesure de bénéficier de ce privilège urbain. Une enquête récente menée par le Programme des Nations Unies pour le Développement met en avant le fait qu’au niveau des structures sanitaires publiques ”les pauvres mal habillés et sans argent, sont traités avec rudesse par le personnel de santé et que les malades sont souvent obligés de verser des pourboires pour obtenir des services” (PNUD 1998 : 41-42). La pauvreté apparaît donc comme un facteur limitant l’accès aux services de santé. Mais ce n’est pas le seul facteur comme le suggère cette remarque d’une femme enquêtée: ”à l’hôpital… si vous ne connaissez personne, vous n’avez pas de chance” (Banque Mondiale 1996 :  83). Le fait de résider en ville au sein des quartiers populaires offre des opportunités de lier connaissance avec des personnes (parents, amis ou connaissances [PAC]) susceptibles de faciliter l’accès aux soins (consultation gratuite, dons de médicaments…), des possibilités de s’insérer dans des réseaux d’entraide.

 

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