Introduction

La recherche du LASDEL sur le « Projet Lisungi- Système de filets sociaux » en République du Congo a pour origine une demande du département « recherche » de l’Agence française de développement (AFD), suite aux travaux antérieurs effectués par le LASDEL sur les politiques de transferts monétaires, en particulier au Niger[1].

Rappelons qu’il ne s’agit pas d’un quelconque audit, pas plus que d’une évaluation du projet Lisungi. Les termes de référence élaborés en commun définissent le périmètre d’un programme de recherche, autonome, conforme aux orientations du LASDEL en termes de problématique et de méthodologie, portant sur la mise en œuvre (implementation) d’un programme de transferts monétaires (filets sociaux) au Congo, élaboré et financé par la Banque mondiale, où l’Etat congolais était impliqué fortement, et que l’AFD a rejoint ultérieurement, en particulier pour une extension à de nouveaux arrondissements de Brazzaville.

L’AFD souhaitait obtenir, grâce aux compétences reconnues du LASDEL dans le domaine de la socio-anthropologie du développement, des informations fiables et approfondies sur le fonctionnement concret d’un projet pilote de filets sociaux conditionnels en Afrique, dans la perspective d’apprendre auprès de la Banque mondiale un certain savoir-faire afin d’engager plus avant l’AFD dans des politiques de transferts monétaires, domaine dans lequel elle n’avait pas encore développé de compétences.

Ce programme de recherche s’insère dans un contexte particulier en termes de production de connaissances. Le LASDEL a en effet une approche originale, inhabituelle dans l’univers du développement, tant en termes de problématique (une approche sous l’angle des écarts dans la mise en œuvre des interventions), et en termes de méthodologie (méthodes qualitatives de type socio-anthropologique). Et cette approche est davantage mal connue en contexte congolais où la consultance est très prégnante dans l’environnement des interventions de développement.

Problématique et questions de recherche

Les études approfondies portant sur la « mise en œuvre » (implementation) des interventions (projets de développement et politiques publiques) en Afrique francophone restent encore trop peu nombreuses[2], alors que les implementation studies sont un domaine de recherche important et reconnu dans le monde anglophone[3]. Notre objectif principal était de comprendre le processus de mise en œuvre de Lisungi, de saisir les représentations et perceptions des acteurs concernés par le projet, les dynamiques qui sont induites et d’analyser plus particulièrement les écarts entre les objectifs du programme et la réalité du terrain, et ses effets inattendus. Les écarts sont en effet inévitables entre une intervention sur papier (projet, intention, politique publique) et sa mise en œuvre dans des contextes concrets, réels [4]. Le LASDEL travaille depuis plus de 15 ans sur de tels écarts, de façon comparative, que ce soit à propos des projets de développement ou à propos des politiques publiques en Afrique.

 


[1] Cf. Hamani 2013 à propos du projet « filets sociaux » de la Banque mondiale ; Olivier de Sardan & al. 2015 et Olivier de Sardan & Hamani 2018 à propos plus largement des programmes de transferts monétaires au Niger ; Olivier de Sardan et Piccoli 2018 pour une analyse comparative des transferts monétaires en Amérique latine et en Afrique.

[2] Cf. Ridde & Olivier de Sardan 2017.

[3] Cf. la revue Implementation science.

[4] Pour une présentation théorique de ce que signifie une anthropologie des écarts, cf. Olivier de Sardan 2016.

 

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