Nous voulons tout d’abord souligner ce en quoi le HCME a fait une démarche très innovante, en demandant au LASDEL de procéder à un diagnostic approfondi et empiriquement solide des comportements des agents publics au Niger.

En premier lieu, c’est une institution officielle de l’Etat nigérien qui s’adresse directement à un laboratoire de sciences sociales nigérien. Ceci est suffisamment rare en Afrique pour être mentionné. D’une part, il existe très peu de laboratoires de sciences sociales africains ayant ce type de compétences; d’autre part, bien peu d’institutions officielles africaines font d’elles-mêmes la démarche de s’adresser à des chercheurs nationaux indépendants (et non à des consultants).

Mais surtout, alors que, partout, à l’initiative des PTF, les réformes des services publics africains s’accumulent à grands frais dans tous les secteurs de l’Etat, le plus souvent sans résultats significatifs, c’est une méthode inverse qui est ici choisie : avant de proposer une réforme de plus, on procède à un diagnostic en profondeur. Autrement dit, on tente de comprendre la réalité avant de chercher à la transformer. Quels sont les comportements quotidiens des fonctionnaires qui nuisent à la qualité des biens et services délivrés par l’Etat ? Comment sont-ils régulés, comment se reproduisent-ils ?

Cette méthode devrait donc, nous l’espérons, déboucher sur des mesures originales, adaptées au contexte nigérien, partant des pratiques réelles pour les modifier, et non projetant des modèles idéels, pré-formatés et standardisés, élaborés par des experts internationaux.

Pour sa part, le LASDEL souhaite contribuer à la réforme nécessaire, et complexe, des services publics au Niger. Cette contribution, sous forme de diagnostic des problèmes liés aux comportements de agents de l’Etat, repose sur les atouts scientifiques du LASDEL : des chercheurs en sciences sociales motivés et compétents, maîtrisant les méthodes qualitatives, connaissant particulièrement bien le pays, et refusant toute forme de censure ou d’allégeance.

Notre diagnostic comporte deux étapes.

Une première, dont le présent rapport est l’aboutissement, a été consacrée à un dépouillement des travaux existants relatifs au fonctionnement des services publics au Niger et mettant en évidence des écarts fréquents et convergents entre les normes et procédures officielles d’un côté, les comportements réels des agents de l’autre côté.

La seconde partie, dans les mois qui viennent, sera consacrée à des enquêtes nouvelles qui seront effectuées dans quelques sites précis relevant de quatre secteurs (santé ; justice ; agriculture et élevage ; Trésor public), et tenteront entre autres d’identifier des comportements innovants, réformateurs, ou efficients. Elles donneront lieu à d’autres rapports complétant celui-là.

 

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