SOMMAIRE
L’aide, ses paradoxes, ses ambiguïtés
Conçue initialement comme un apport temporaire, pour permettre un décollage économique,
l’aide internationale est devenue structurelle dans un certain nombre de pays en
développement. Elle est même structurante, par les volumes financiers qu’elle représente (de
l’ordre de 400 millions de $/an au Niger soit 200 milliards de FCFA), par sa place dans les
budgets publics (environ 50 %) et les investissements (90 %)1, par l’influence qu’elle donne aux
pays donateurs sur les politiques publiques des pays bénéficiaires. Et aussi par toute la
machinerie qu’elle induit, par le nombre de « projets » qui couvrent une bonne partie du
territoire, par le nombre de cadres vivant, directement ou indirectement, du système d’aide.
L’aide internationale est l’objet de nombreuses analyses et critiques, tant de la part des
praticiens et experts que de la part des sciences sociales. La littérature est à la fois récurrente
(on retrouve les mêmes débats depuis 40 ans2) et abondante. Elle est aussi marquée par les
débats du moment : les thèmes de l’efficacité de l’aide et de la dépendance à l’aide ont ainsi
(re)surgi à une période de « fatigue de l’aide » où les institutions internationales cherchaient à
justifier une baisse des montants de l’aide et une plus grande sélectivité…
Les sciences sociales sont le plus souvent extrêmement critiques sur l’aide, dénonçant
l’imposition de logiques par les acteurs du Nord, l’absurdité de certains projets, le décalage
récurrent avec les réalités sociales locales, les effets pervers de l’aide tant au niveau local que
national : elle encourage la passivité, le clientélisme, la corruption. Pour une bonne partie des
chercheurs, l’aide est un système de domination idéologique et financier, un mécanisme
fondamentalement pervers qui génère des effets négatifs à toutes les échelles, dépossède l’Etat
de ses responsabilités et contribue à la fragilité des Etats bénéficiaires. Tout en ayant une
approche plus empirique et moins mécanique, en voulant éviter les dénonciations
idéologiques, en s’intéressant aux jeux d’acteurs au sein de l’interface entre « développeurs » et
« développés », l’anthropologie du développement (Olivier de Sardan, 1995) montre aussi que
l’intervention de développement est nécessairement traversée de contradictions, d’ambiguïtés,
d’instrumentalisation réciproques, au sein des arènes locales, et qu’il y a un fort décalage entre
les discours et les réalités.